Il semblerait que nous allions sortir du confinement dans quelque temps, mais va-t-on retourner en formation pour à nouveau être confiné dans un seul et unique espace à écouter un expert transmettre ses connaissances ?

Nous vivons une expérience unique, et celle-ci devrait nous avoir ouvert les yeux sur de nombreux points. Pour ce qui concerne le domaine de la formation, une chose est sûre, ça pourrait bien changer. L’essai de la continuité pédagogique, en formation pour adulte, pas plus que pour nos enfants, n’a été transformé en une réussite dont on pourra se vanter. Pas plus les formateurs que les enseignants n’étaient prêts à la formation digitale, donc à la distance. Et les apprenants n’étaient pas prêts à subir cette distanciation sociale. Loin de vouloir blâmer enseignants et formateurs, la responsabilité revient notamment aux organisations, institutions qui, depuis des décennies, fonctionnent sur leurs acquis. Il était plus facile d’avoir à sa disposition des formateurs, dont on estimait le seul rôle à la transmission de leur expertise, que de les aider à évoluer au risque de leur donner une place trop importante. Alors qu’en sera-t-il après le confinement ?

En a-t-on fini avec le travail à la chaîne?

La formation comme toute autre activité est soumise à un souci de rentabilité. Alors, comme les béhavioristes l’ont favorisée au siècle dernier, au début l’ère industrielle, il a été nécessaire d’opérationnaliser les activités pour qu’elles puissent être rentables, et maîtrisées. Il s’agit alors de remplir des cases, mettre un formateur devant un groupe d’apprenant, et gérer des plannings. De plus, il fallait répondre aux besoins des entreprises ayant besoin de nouveaux salariés. Alors, des formateurs, on en a trouvé, beaucoup. Facile, avec une promesse d’évolution de statut, presque en haut de la chaîne alimentaire, celui qui détient le savoir, les connaissances. Une belle évolution sociale que de devenir formateur (sic).

Et les apprenants se sont retrouvés bien souvent devant un expert qui ressasse son vécu, décrit ses expériences, reprend diverses anecdotes liées à son expérience. N’ayant pas été formé à la pédagogie, à la psychologie cognitive, à considérer les besoins des apprenants. Le formateur fonctionne bien souvent à l’intuition. Et en fin de formation on s’autocongratule avec des évaluations de satisfaction extraordinairement « bienveillantes » de la part des apprenants.

Un seul monde, une seule catégorie, l’humain

À moins d’estimer que les formateurs sont tous des hommes ou femmes qui se plaisent dans ce type d’exercice, l’isolement lié à la crise du covid19 a le mérite de mettre en avant le besoin de relation entre les humains, catégorie dans laquelle entrent les formateurs et les apprenants. Dans le monde dont je rêve, le formateur devient un guide, un mentor, qui accompagne ses apprenants comme il le ferait pour les personnes qu’il aime. Ses interventions sont soigneusement préparées, car il a été formé ou accompagné pour cela. 

Ouvrir les salles, reprendre les référentiels et recommencer comme avant ? Non, il s’agira de penser la formation comme faisant partie de notre vie à tous. L’espace de formation ne doit plus se réduire à une relation de 7 heures, les yeux dans les yeux.

La formation doit se renouveler, pour ne plus jamais être confrontée à l’absence de présence, liée ou non à une crise quelconque. La formation doit se réaliser en multimodalité, et en de multiples espaces, temps et lieux. Chaque espace devenant le prolongement du précédent, et le lien avec le suivant. Alors, cette crise aura été utile. Alors, nous serons capables de faire face à toute autre crise. Car nos formations bénéficieront d’une vraie continuité, sans surprises, accompagnées comme elles le doivent. 

Quel rôle pour chacun ?

Dans ce scénario merveilleux que j’ose espérer, le formateur devient une personne qui se prend par la main, qui se forme pour acquérir de nouvelles compétences, notamment en pédagogie. Il ajuste sa posture. Il devient non plus celui qui détient l’expertise métier, mais celui qui est capable de former avec efficacité. Il ne s’appuie plus uniquement sur les évaluations de satisfactions. Il évalue constamment ses apprenants, il évalue constamment les résultats des apprentissages proposés. L’évaluation devient le cœur de ses apprentissages, il ose évaluer, commenter, faire évoluer.

Il s’autorise à se mettre en retrait pour laisser les apprenants apprendre par eux-mêmes, dans des situations qu’il a provoquées. Son travail ne se résume plus à être présent, et le faire savoir. Son travail est désormais d’accompagner les apprenants, de les aider à se construire, à construire leurs connaissances, leurs savoir-faire.

Il est capable de se mouvoir dans de multiples espaces, physiques, virtuels, et de maintenir le fil conducteur essentiel, le lien social, la relation humaine qui, plus que jamais, a vu sa valeur augmenter.

Et l’entreprise ?

Toujours dans ce même scénario, dont j’ose espérer qu’il n’est pas qu’une utopie, l’entreprise aussi évolue et considère mieux ses formateurs.  Comprends que quand il n’est pas dans une salle de formation, le formateur travaille et forme malgré tout. L’entreprise considère le temps de scénarisation indispensable et trouve des aides pour accompagner le formateur. Son expertise ne se résume plus à celle du terrain, qu’il a acquis au cours de nombreuses années de travail. Tous se forment à la conception de parcours de formation multimodale. Tous savent qu’il s’agit d’un investissement indispensable pour des apprentissages efficaces, et efficients. L’accompagnement s’anticipe, s’écrit, s’adapte. Alors, l’entreprise en tire aussi les bénéfices.

En formation aussi le télétravail est possible, et les classes virtuelles ont émergées avec la crise. Là aussi, il faut reconsidérer les méthodes. La classe virtuelle n’est qu’une modalité qui peut/dois être intégrée dans une formation. Elle ne peut se résumer à être la seule modalité d’une formation. Tout ne peut pas être réalisé en classe virtuelle. Par contre, c’est un excellent moyen de prolonger les apprentissages. C’est un très bon moyen pour multiplier les espaces en formation, et donc les expériences d’apprentissages.

Conclusion

Il y a encore beaucoup à dire, beaucoup à écrire pour imaginer la formation de demain. Mais, j’ose espérer que notre relation à la formation va évoluer. Que tous allons trouver notre place. Que tous allons apprendre et aider à apprendre ceux qui en ont besoin. C’est de l’avenir de notre société qu’il s’agit. Lors de cette crise du covid19, beaucoup de nos pairs ont fait preuve d’humanité, de courage, de résilience. Alors que ça n’est pas juste un espace-temps voué à être oublié. Que cet espace puisse avoir produit chez nous un réel apprentissage.

L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducation, et un éducateur à la fois sévère et dangereux. Paul Valéry

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