Une formation de type FOAD comporte de multiples modalités. On peut y trouver du présentiel, du distanciel synchrone ou asynchrone, de l’autoformation, des activités collaboratives ou coopératives, etc.

La question qui reste alors en suspend, est celle du choix des différentes modalités. Pourquoi et comment définir ces choix ? Quand choisit-on du distanciel ? Pourquoi maintenir du présentiel ? Les réponses sont multiples. Mais la connaissance de la psychologie cognitive et des neurosciences apportent des réponses quant aux choix didactiques et pédagogiques. La didactique organise les savoirs pour les faire apprendre, l’ingénierie pédagogique conçoit les systèmes d’apprentissage.

On réalise un premier scénario des choix didactiques

Tout commence à partir du moment où la connaissance des publics cibles est parfaite. C’est-à-dire à partir d’une réflexion, qui est généralement commune avec les personnes impliquées dans le projet. À partir notamment des possibilités en termes de déplacements des apprenants, des possibilités de regroupement, des facilités de connexion et de bien d’autres éléments encore. On tient compte également des contraintes budgétaires de l’organisation.

On traite alors chaque objectif indépendamment. Et on réfléchit à l’apport d’une solution idoine pour chacun de ceux-ci. Il n’existe pas une solution pour chaque objectif à traiter, mais bien des solutions. Il s’agit alors de maintenir les échanges avec les personnes impliquées pour définir lesquelles sont les plus faciles à mettre en œuvre, et aussi les moins coûteuses. La solution idéale est souvent celle qui permet l’atteinte des objectifs de manière aisée pour les apprenants, mais qui est également la moins coûteuse pour l’organisation.

Si l’on fait le choix de développer de nouvelles compétences, la formation action est probablement une des solution les mieux adaptée. De plus, en formation pour adulte, le sens donné à ce type de formation les rend plus efficaces. Dès lors, on peut estimer que, globalement, et pour répondre à tous les points cités, le travail collaboratif avec une mise à disposition des fondamentaux en ligne est assez pertinent. En formation à distance, la prestation d’enseignement cède une large place à l’apprentissage.

Le travail collaboratif a ceci d’intéressant qu’il suppose que tous les participants travaillent sur l’ensemble des points à traiter. Alors que les travaux coopératifs supposent une répartition des taches pour obtenir un résultat commun. Dans les deux cas, le développement de compétences transverses n’est pas négligeable. On peut citer, la capacité à travailler en groupe. La capacité à communiquer dans un groupe de travail. Ou encore, la capacité à effectuer des recherches, à critiquer celles-ci et se remettre en question. Surtout, l’interaction sociale provoque la déstabilisation favorable à une reconstruction cognitive. Nous jugeons de notre expérience personnelle et de notre performance en les confrontants à celles de nos pairs. Eux mêmes confrontés à des expériences similaires, nous observons leur façon de les aborder.

Il est aussi nécessaire d’inclure les apprenants dans un mécanisme de construction de l’intelligence collective. Un des intérêts de la collaboration étant de favoriser l’émergence d’intelligences multiples. Et de permettre à chaque individu de maintenir sa motivation. Alors, aucun défi n’est insurmontable.

Alors, la mise à disposition des fondamentaux peut se faire en ligne, de manière auto-formative. En clair, on peut supposer que ce qu’un formateur proposerait en salle de manière transmissive peut-être proposé en ligne. Ce qui définit les différents contenus qui devront être produits et le moment de la formation où ils seront proposés. Cela redéfinit également les périodes de présentiel, où la rencontre entre le formateur et les apprenants sera réelle, physique. Mais aussi les activités, qui sont alors proposées en présence du formateur, qui ne se positionne plus comme le sachant, mais comme un accompagnateur des apprentissages, un guide, ou encore un coach. Le formateur doit avant tout se considérer comme un point d’appui pour les apprenants. La centration sur l’apprentissage crée un renversement du rapport au savoir entre le formateur et l’apprenant, caractéristique des formations à distance. Cependant, il est indispensable de laisser à ce dernier la maîtrise des méthodes pédagogiques qu’il mettra en œuvre lors de ces rencontres.

L’ingénierie pédagogique précise les activités des apprenants

Alors que la première phase de l’ingénierie détermine l’articulation de la formation, sa progression, sa progressivité, la deuxième phase va décrire les activités des apprenants en détail. L’ingénierie pédagogique vient aménager l’ensemble des activités et des ressources dans le but d’optimiser les conditions d’apprentissage. 

Les méthodes d’ingénierie pédagogique permettent de concevoir des parcours d’apprentissage fondés sur des variables didactiques (apprenants, objectifs, types de connaissances, niveau de complexité, résultat attendu, etc.). Elles articulent les composantes du système d’apprentissage (approche, dispositifs, activités, ressources, supports, encadrement, évaluation, etc.) autour de ces variables dans un alignement pédagogique cohérent entre toutes ces dimensions. 

En se référant à chaque objectif pédagogique déterminé dans la progression, l’ingénieur décrit alors chaque activité et la manière dont elle doit se dérouler. Il rédige le script de la formation, le scénario détaillé de celle-ci. Il s’agit de la phase la plus chronophage, mais son importance est capitale. C’est en effet à ce stade que la psychologie cognitive et les neurosciences vont influencer le raisonnement de l’ingénieur. En s’appuyant sur ses connaissances dans ces deux domaines, il va assurer aux diverses activités l’efficacité et l’efficience attendues.

C’est également à ce stade que sont définis les besoins d’accompagnement

Les difficultés que peuvent rencontrer les apprenants, selon leurs profils, ou leur niveau initial, sont prises en considération pour déterminer les plans sur lesquels ils vont avoir besoin d’accompagnement. L’ingénierie tutorale est donc une réflexion indispensable à ce stade.

Pour les différentes activités, l’ingénieur détermine l’approche pédagogique de chacune d’elles. Il décrit les contenus existants et pouvant être utilisés comme ressources, les différents médias, et les outils à utiliser pour les mettre à disposition, comme le LMS par exemple. 

Mais surtout, pour s’assurer de la progressivité, il décrit l’approche pédagogique envisagée, et assure donc la capacité pour les apprenants à atteindre chaque objectif. Il détaille les activités cognitives engagées chez l’apprenant à chaque étape. De cette manière, il est certain que le respect des capacités cognitives des individus est naturellement assuré. Il contrôle que les différentes phases et leurs espacements notamment permettent une mémorisation efficace.

Le transfert ne s’effectue pas naturellement sans effort. Il faut planifier du temps pour apprendre. Mais il faut aussi planifier du temps pour apprendre à transférer et de contextualiser les apprentissages⁠1.

Il détermine donc les différentes phases de rappel avec des espaces progressifs en fonction de la durée totale de la formation. Et bien d’autres critères comme les phases de rétroactions, indispensables à déclencher les mécanismes de corrections des erreurs. Apprendre c’est faire des choses qu’ont ne sait pas faire, être soumis à l’erreur, effectuer des corrections, pour savoir faire correctement et devenir capable d’améliorer ce qu’on a apprit.

C’est à partir de ces éléments qu’il est possible d’estimer les temps nécessaires à chaque activité, et donc de déterminer la durée totale de la formation ainsi proposée. Il en est de même pour les activités d’accompagnement dont les durées peuvent également être estimées.

Il restera alors à définir les activités proposées en salle de formation, en présence du formateur. Celles-ci seront optimisées pour être totalement efficaces et proposer de réels apprentissages.

Conclusion

La modélisation d’un parcours de formation est une étape cruciale qui ne doit en aucun cas être négligée. Il n’est pas possible de calquer ce qui est réalisé en présence sur un parcours FOAD, au risque d’être inefficace. Le travail d’ingénierie suppose quant à lui des compétences spécifiques et une grande connaissance en sciences de l’éducation, psychologie cognitive et neurosciences. Ces connaissances ne sont pas liées à un effet de mode, mais sont indissociables du fonctionnement de l’adulte en formation et de ses manières d’apprendre.

Visionnez des exemples de scénario général et d’un script ci-dessous

Exemple de scénario général et un exemple de script

1 Steve Masson, Activer ses neurones pour mieux apprendre et enseigner, 2020, p 34, Editions Odile Jacob