En pédagogie, la classe inversée est aujourd’hui de plus en plus utilisée à tous les niveaux de l’éducation, et en formation continue.

Qu’est-ce que la pédagogie inversée ? Comment la vit-on en qualité d’apprenant ?

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Ces questions sont nécessaires, car c’est en partant de l’utilisateur final que nous pouvons améliorer nos formations.

La classe inversée n’est pas vraiment récente, même si on en parle beaucoup depuis ces dernières années. Il est pourtant difficile de fournir la date précise de son apparition, même Marcel Lebrun, expert de ce domaine, est incapable de nous le fournir avec exactitude.

Pour autant, les outils qui sont à notre disposition aujourd’hui favorisent son application et permettent d’enrichir nos formations et surtout de participer à l’acquisition de compétences transverses, telles la recherche, la collaboration …

Ce modèle parait incontournable pour qui veut offrir une formation efficace à ses apprenants. Il ne s’agit pas simplement d’offrir du contenu en amont de la formation présentielle ou en classe virtuelle, mais d’intégrer son articulation à partir d’une vision systémique des apprentissages. Ce modèle facilite en effet les apprentissages formels, non formels, et permet l’émergence des apprentissages informels.

Pour plus de détails sur le fonctionnement de la classe inversée, je vous invite à vous rendre sur le blog de Marcel Lebrun.

Qu’en est-il du ressenti, quelle expérience en retire-t-on ?

Zen
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De mon expérience personnelle, j’ai été impliqué dans deux formations où la classe inversée était mise en œuvre. 

Alors que j’ai suivi des formations à un rythme régulier toute ma vie, je n’avais jamais vécu une telle expérience. Lors de ma première expérience de la pédagogie inversée, je n’avais jamais réalisé de formation en ligne, et je n’étais pas convaincu de son efficience, au vu des utilisations du digital à cette période. C’était une première pour moi, la formation en ligne et la classe inversée, et ce fut une révélation.

Pendant plus de vingt ans j’ai formé, enseigné …, et toujours tenté d’être le plus proche possible de mes apprenants. Toujours, je suis resté à leur disposition pour leur fournir des informations complémentaires, de l’aide et tout ce dont ils pouvaient avoir besoin pour renforcer leurs acquis et transférer ce qu’ils avaient appris dans leur travail. Je prônais l’accompagnement des apprenants, comme je le fais toujours.

Pourtant, lorsqu’ils entraient dans la salle de formation, souvent le lundi matin, pas très enchantés, pas très bien réveillés, ils ne pouvaient pas savoir exactement ce qui les attendait. Et on commençait par faire connaissance, je réalisais une évaluation formative, pas toujours très fine, puis on commençais le cours, je transmettais mes connaissances. La classe inversée, c’est le contraire.

Un modèle d’apprentissage qui bouscule les codes

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En classe inversée, on rencontre les formateurs, tuteurs …, dès le début de la formation, en classe virtuelle, ou par le biais d’une plateforme (LMS). On est chez soi, ou partout ailleurs, dès lors qu’il existe un moyen de se connecter. On prend connaissance des messages des tuteurs, des ressources qui contiennent toutes les informations nécessaires à la réalisation d’un livrable. Ah oui, je ne l’ai pas dis mais on travaille tout de suite, pas de répit. Mais on travaille à son rythme, de chez soi. Et j’ai alors retrouvé les mêmes problèmes que je rencontre dans ma vie, et me fallait les résoudre. Chercher, poser des questions, essayer de potentielles solutions, me tromper, recommencer, au travers de méthodes inductives. Voila qui donnait du sens à mes apprentissages. Puis c’est la découverte des possibilités, voire obligations de mettre en place des méthodes collaboratives, comme en entreprise finalement. De manière synchrone ou asynchrone, peu importe, l’intérêt est ailleurs, le résultat de ces relations va bien au delà de la simple collaboration. De ces activités collaboratives, j’ai appris à modérer mon caractère impétueux, appris à écouter, à faire confiance. Bien sûr, je possédais déjà ces qualités, mais je les ai renforcées. Mais ce qui est finalement le plus important dans mon cas, c’est la confiance en moi induite par ces activités collaboratives. J’étais, comme chacun de mes camarades, un des piliers de ces activités et comme eux, je devenais indispensable. Cet environnement à donc naturellement renforcé nos sentiments d’efficacité personnels. Notre motivation est monté à un tel niveau que ce fut un déchirement lorsque la fin de nos apprentissages est arrivée. Mais depuis, nous sommes en contact permanent et échangeons régulièrement sur nos pratiques afin de prolonger nos apprentissages.

Heureux l’apprenant qui se prend au jeu

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Au delà de cette construction des connaissances et au travers de ces échanges, j’ai connu des sensations de bien être que je n’avais rencontré que dans certains jeux vidéos (oui je suis aussi un joueur). J’ai donc cherché à comprendre cette sensation pour la reproduire. Car j’avais bien entendu envie de partager ce que j’avais vécu, en le favorisant pour d’autres dans mes formations, et … j’ai trouvé.

Jean Heute explique cette sensation et parle de Flow qui revient, au sens de la psychologie, à se retrouver dans un état mental atteint par une personne lorsqu’elle est complètement plongée dans une activité (source : Wikipédia). La même sensation qui est procurée par certaines activités, et notamment les jeux vidéos, dans lesquelles on est tellement absorbé que l’on oublie le temps, et même nos besoins primaires comme manger ou boire.

Alors même si je n’ai jamais oublié de boire ou manger, cette sensation m’a bien souvent envahie lors des travaux collaboratifs avec des personnes que je n’avais pourtant rencontré qu’une ou deux fois, mais avec qui un lien formidable s’est instauré. D’ailleurs, Jean Heutte, une fois encore, a retranscrit le phénomène en formation, décrit par Csikszentmihalyi, sur cette page. Tout cela est en partie le résultat de la pédagogie inversée car elle impose de travailler, de collaborer, de rechercher. Le flow étant décrit par Csikszentmihalyi comme la perception d’un équilibre entre ses compétences personnelles et la tâche à accomplir. Ce qui veut dire que l’ingénierie pédagogique doit avoir prise en considération ces éléments. 

L’ingénierie pédagogique pour l’équilibre

spaC’est grâce à l’équilibre que la pédagogie inversée fait son effet. Car lorsque je dois réaliser une tâche sur un sujet que je ne maîtrise pas, je peux me sentir mal à l’aise, peu enclin à faire des efforts dont je pense qu’ils seront vains. Mais avec la classe inversée, j’ai le temps de réfléchir au sujet, beaucoup de temps même, si j’en ai besoin. Je suis donc, lors des activités collaboratives, enclin à donner mon avis, je peux m’exposer puisque j’en connais un bout sur le sujet.

Et comme mes collègues appliquent la même méthode par crainte de ne pas être au bon niveau, nous commençons les activités avec un niveau plus élevé qu’il ne le serait en suivant un cours traditionnel. De fait, nous construisons également plus rapidement nos connaissances et allons plus loin dans nos apprentissages. Chaque apprenant construit une marche qui sert ses pairs.

Il y aurait encore bien d’autre choses à dire sur la pédagogie inversée, mais je n’ai fait ici que relater un sentiment, le mien, qui peut ne pas être partagé. Je vous invite donc à échanger sur ce sujet, que vous ayez ou non vécu des apprentissages en classe inversée.

Bien entendu, ça demande un peu plus de travail pour l’apprenant, et aussi pour le formateur. Mais il y va de l’avenir de notre société, car l’acquisition de compétences transverses passe par des méthodes de ce type.

Pour information, j’ai également suivi un Master 2 sous ce format et en ai retiré une sensation identique, avec un résultat tout à fait correct, ce qui me permet d’affirmer que cela est bien reproductible en formation continue.

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